À propos de
Christophe Diradourian nous parle de
sa carrière et de l'herborial
Après près de quarante ans à soigner des animaux, ce vétérinaire de formation propose aujourd’hui, en parallèle de son activité, l’Herborial, un lieu singulier niché au cœur de la Chalosse, où l’on apprend à regarder les plantes autrement.
Christophe tu as exercé ton métier de vétérinaire pendant 38 ans. Pourquoi ce virage vers la botanique ?
Ce n’est pas un virage brutal, plutôt une évolution logique. J’ai toujours été profondément attaché au vivant, sous toutes ses formes. Soigner les animaux m’a appris énormément sur les équilibres naturels, sur l’interdépendance entre les espèces…
Avec le temps, j’ai ressenti le besoin de me consacrer davantage aux végétaux, qui ont toujours occupé une place centrale dans ma vie personnelle.
Changer de métier à 59 ans peut sembler audacieux, mais pour moi, c’était presque une évidence. J’avais envie de transmettre autrement
Alors justement, c'est quoi l’Herborial ?
L’Herborial, c’est avant tout un lieu de transmission.
Un espace de 7 hectares situé à Montaut, dans le sud des Landes, où se côtoient prairies, bois, zones cultivées et espaces laissés volontairement sauvages. Cette diversité de paysages favorise une biodiversité très riche, en constante évolution.
Mais l’Herborial n’est pas seulement un terrain. C’est un concept pédagogique : apprendre à reconnaître, comprendre et utiliser les plantes – médicinales, alimentaires, aromatiques – dans le respect du vivant.
Tu insistes beaucoup sur les plantes sauvages, souvent qualifiées de “mauvaises herbes”.
Oui, et c’est révélateur de notre rapport au végétal.
Beaucoup de plantes que l’on arrache ou que l’on détruit sans réfléchir ont des vertus extraordinaires. Elles poussent spontanément, sans intrants, parfaitement adaptées à leur environnement.
À l’Herborial, on apprend à leur redonner leurs lettres de noblesse. Non pas dans une logique d’exploitation, mais de compréhension et de respect.
Ton projet semble aussi très lié à ton mode de vie personnel .
Complètement !
Depuis plus de vingt ans, avec ma famille, nous avons fait le choix d’une vie plus proche de la nature : potager en permaculture, recherche d’autonomie, attention portée à la biodiversité, respect des cycles naturels.
L’Herborial, c’est le prolongement de cette expérience de vie. Je ne transmets pas une théorie abstraite, mais un quotidien vécu, testé, ajusté au fil des saisons.
Concrètement, que proposes-tu aux participants ?
Des formations immersives, très pratiques.
Cela passe par des balades botaniques commentées, des ateliers de transformation (préparations médicinales, alimentaires ou cosmétiques), l’utilisation des huiles essentielles et des hydrolats, des bases de diététique appliquée…
On aborde aussi des savoir-faire plus transversaux : la panification au levain naturel, la préparation des sols, la gestion des cultures potagères.
Finalement, ce sont des compétences simples, rurales, parfois oubliées, mais profondément actuelles.
Tu préfères parler de prévention plutôt que de soin. Pourquoi cette nuance est-elle si importante pour toi ?
Parce que selon moi, c'est le cœur de la phytothérapie.
Il ne s’agit pas seulement de “se soigner avec les plantes”, mais surtout de préserver sa santé : renforcer ses défenses, soutenir l’organisme, adopter une hygiène de vie cohérente.
La prévention, c’est une alimentation équilibrée, une activité physique, une vie active… et l’appui intelligent des plantes. La nature nous offre tout cela, en abondance et en renouvellement constant. Encore faut-il savoir l’écouter.
On entend dans tes propos une forme de plaidoyer pour le vivant.
C’est vrai.
Animaux et végétaux ont deux points communs fondamentaux : ils sont interdépendants… et ils sont souvent maltraités par l’humain. Pourtant, nous ne pourrions pas vivre sans eux.
Le végétal nous nourrit, nous soigne, nous protège, régule le climat, embellit nos paysages. Lui redonner sa juste place, c’est aussi retrouver un certain équilibre dans nos vies modernes.
Si tu devais résumer l'Herborial en une phrase ?
Je dirais que l’Herborial est une ode à la vie paysanne, au bon sens, à la lenteur choisie et à la transmission.
Un lieu pour apprendre, mais surtout pour se reconnecter.